par | 11 Oct 2024 à 10:10

Ylva Snöfrid : quand l’art devient rituel métaphysique

Imaginez débarquer dans une galerie d’art avec des attentes classiques, et vous retrouver face à un trip métaphysique orchestré par une artiste scandinave qui, visiblement, n’a jamais eu peur de flirter avec la frontière entre l’art et le rituel chamanique. C’est exactement ce que nous promet Ylva Snöfrid avec son exposition Cosmos et Vanitas à l’Institut suédois de Paris. Rien que le titre annonce la couleur : on va plonger dans une spirale de questionnements existentiels avec un côté apocalyptique, un brin de psychédélisme, et une bonne dose de mysticisme nordique.
Temps de lecture : 3 minutes

le chaos organisé d’une artiste en quête de sens

Ylva Snöfrid, c’est un peu l’enfant caché de Jung et de Jodorowsky. Née à Umeå, cette ville du grand nord suédois où le soleil se couche à 15h en hiver (ambiance fin du monde permanente), l’artiste nous livre une œuvre à mi-chemin entre la méditation cosmique et le journal de bord d’une voyageuse de l’âme. Oui, ça peut paraître perché, mais attendez de voir ses 1 200 dessins, classés soigneusement en trois volumes. Ces bouquins (ou grimoires ?) sont à feuilleter comme des guides d’auto-réflexion. On y croise des croquis, des pensées philosophiques, et surtout une question omniprésente : c’est quoi cette mascarade qu’on appelle la vie ?

la spirale des visions

Le clou du spectacle ? Une installation en spirale de 24 peintures à l’huile, chacune représentant une heure de la journée, comme si Snöfrid avait décidé de capturer le temps dans toute sa dimension absurde et infinie. L’idée lui est venue lors de son voyage à Jungfraujoch, surnommé le « toit de l’Europe », un spot montagneux suisse à couper le souffle – littéralement, puisqu’elle a souffert du mal des montagnes. Cette expérience de quasi suffocation a engendré des hallucinations que l’artiste a traduites sur toile. Alors qu’on oscille entre visions mystiques et moments de panique existentielle, certaines de ses œuvres vous plongent dans les abysses, tandis que d’autres vous font tendre vers une étrange lumière intérieure. Une dualité qu’elle connaît bien : la vie et la mort, le cosmos et la vanité, la lumière et l’obscurité. Snöfrid peint ce que beaucoup d’entre nous tentent d’ignorer.

art, rituel et symbolisme : un mélange explosif

Si cette spirale de toiles vous retourne déjà le cerveau, attendez de découvrir ses performances rituelles. Le 17 octobre, Snöfrid pose ses six peintures à même le sol du jardin de l’Institut, sous les étoiles, dans un geste qui rappelle ses précédentes œuvres étalées sur les glaciers des Alpes. On imagine déjà le tableau : une artiste, ses toiles sacrées, les spectateurs hypnotisés par cette mise en scène cosmique, tout ça sous le regard bienveillant des astres. Snöfrid ne fait pas que peindre, elle crée des expériences sensorielles, mystiques, presque religieuses, et ce gratuitement (oui, il fallait le souligner, car l’art devient trop souvent synonyme de billets hors de prix).

C’est une piqûre de rappel pour nous tous : le monde tourne, et nous, petites fourmis humaines, on ne fait que passer. Alors autant en profiter pour plonger dans le grand bain des questions universelles tant qu’on y est. Et, au passage, saluons le talent de Snöfrid qui, sans prétention, nous met face à ces vérités brutales avec un coup de pinceau aussi tranchant qu’un rasoir.

le poids des symboles, la légèreté des artistes

L’ironie dans tout ça ? Snöfrid, qui semble prendre la vie avec un grain de sel et beaucoup de second degré, nous invite dans une exposition où les thèmes majeurs sont la naissance, la vie et la mort. Les symboles sont partout, mais jamais pesants. Ce n’est pas un de ces artistes qui se perd dans sa propre importance. Elle est plus du genre à vous tendre un miroir et à vous laisser vous débrouiller avec vos propres démons. On rit, on s’interroge, on flippe un peu aussi. Bref, c’est tout sauf une expo plan-plan.

à voir absolument, même pour les non-initiés

Alors oui, ça peut paraître perché, mais qui a dit que l’art devait être facilement digestible ? Ce qui est sûr, c’est qu’après avoir passé quelques heures avec Ylva Snöfrid, vous ne regarderez plus jamais l’heure de la même façon. Parce que oui, elle vous fait réfléchir sur le temps qui file, mais aussi sur votre propre condition d’humain, coincé entre cosmos et vanité.

Tom, rédacteur passionné chez ANousParis 🖋️. Je couvre toute l'actu parisienne - culture, événements, et tendances de la Ville Lumière! 🗼