des saisons de ski raccourcies, des déficits qui explosent
L’une des premières conséquences visibles de cette réalité climatique, c’est la chute de la fréquentation des stations. Plus de neige, moins de skieurs. Le Grand Puy, où les pentes étaient autrefois prises d’assaut, ne parvient plus à attirer les foules. La neige s’est raréfiée au fil des ans, et les conséquences économiques se sont fait sentir. La station accumulait des pertes de centaines de milliers d’euros chaque année, selon les chiffres de la mairie. En octobre, un référendum local a acté ce que beaucoup redoutaient : la fermeture définitive des remontées mécaniques. Plus de 70 % des habitants de Seyne-les-Alpes, où se situe la station, ont voté pour la fin des activités.
Ce n’est pas qu’une question de chiffres, c’est aussi un bouleversement culturel. Ces stations, ce sont des souvenirs d’enfance, des moments passés en famille, des panoramas enneigés qui semblent désormais faire partie d’un passé révolu. Pour les habitants, c’est aussi la fin d’une ère économique, celle qui faisait tourner l’économie locale chaque hiver.
l’alpe du grand serre : même combat, même destin
À 130 kilomètres de là, l’histoire se répète. L’Alpe du Grand Serre, vieille de 86 ans, tire aussi un trait définitif sur ses saisons hivernales. Là encore, le réchauffement climatique a joué un rôle central. Les élus de la Communauté de communes de la Matheysine ont voté à une large majorité pour la fermeture du domaine. Les saisons de ski avaient déjà commencé à raccourcir, les ouvertures tardives et les fermetures précipitées par le manque de neige ayant creusé un déficit insurmontable. Le projet de reconversion en station « quatre saisons » n’aura pas suffi à sauver la situation.
Il faut bien se rendre à l’évidence : le modèle économique des stations de ski est aujourd’hui à bout de souffle. Il repose sur un élément naturel, la neige, qui ne tombe tout simplement plus en quantité suffisante. Le climat a changé, et il est temps d’en tirer les leçons.
des conséquences au-delà du ski
Le cas du Grand Puy et de l’Alpe du Grand Serre est peut-être l’avant-goût d’un phénomène plus large. Ces fermetures symbolisent un tournant pour toutes les stations de ski de moyenne altitude, qui doivent désormais revoir leur modèle ou envisager une fermeture similaire. Ce n’est pas qu’une question de sport ou de tourisme : c’est un problème systémique. La montagne, qui a toujours été un refuge pour ceux en quête d’évasion hivernale, se transforme progressivement en un lieu où le climat impose ses règles.
Certains domaines réfléchissent à des solutions alternatives : activités estivales, développement du tourisme vert, et sports d’aventure hors neige. Mais est-ce suffisant pour compenser la perte de ce qui faisait l’essence même de ces stations ?
vers une montagne sans ski
Il est difficile de ne pas voir dans ces fermetures une métaphore du changement radical qui s’opère sous nos yeux. Les Alpes, autrefois couvertes de neige immaculée, deviennent des symboles de la crise climatique qui bouleverse nos paysages et nos habitudes. Il ne s’agit plus seulement d’un problème lointain ou d’une statistique alarmante dans un rapport du GIEC, mais d’une réalité quotidienne pour ceux qui vivent de ces territoires.
Le Grand Puy et l’Alpe du Grand Serre ne sont que les premiers chapitres d’une histoire qui va se répéter ailleurs. Ce n’est plus une hypothèse ou un scénario catastrophe : c’est un fait. La montagne ne pourra plus se permettre de compter uniquement sur le ski pour attirer les foules et faire vivre ses habitants. Un changement est nécessaire, et il arrive vite.