par | 7 Oct 2024

Mélenchon, Gaza, et les drapeaux : l’étendard de la controverse

La polémique s’est rapidement enflammée, comme une mèche allumée par la circulaire du ministre de l’Enseignement supérieur, Patrick Hetzel. Et qui d'autre que Jean-Luc Mélenchon, le leader incontournable de La France insoumise, pour jeter de l'huile sur le feu en appelant les étudiants à "mettre des drapeaux palestiniens partout où c'est possible" dès le 8 octobre ? Une véritable bombe politique dans le climat universitaire déjà tendu. Mais derrière cette provocation calculée, se cache une question plus profonde : la liberté d’expression à l’université est-elle en danger, ou assistons-nous à une récupération politique d’un drame géopolitique ?
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Neutralité ou musellement ?

La circulaire ministérielle appelle au maintien de l’ordre et à la préservation de la neutralité au sein des universités, principes sacrés de la laïcité. Mais est-ce vraiment la neutralité qui est visée ici, ou un bâillonnement déguisé ? Jean-Luc Mélenchon, en vieux renard de la politique, l’a bien compris : cette circulaire est une aubaine pour galvaniser ses troupes et frapper là où ça fait mal. « L’université est un lieu de débat », clame-t-il. Et on ne peut pas totalement lui donner tort. Refuser aux étudiants le droit d’expression sur la situation en Palestine sous prétexte de neutralité, c’est un peu comme vouloir éteindre un incendie avec un seau d’essence.

Il est vrai que les universités doivent être des espaces protégés, des havres de savoir loin des conflits externes. Mais peut-on demander aux étudiants d’être indifférents face à des enjeux internationaux qui résonnent avec leur propre vécu, leurs propres convictions ? Et surtout, quand ces enjeux touchent aux droits humains, n’est-ce pas justement là que réside la mission même de l’éducation : éveiller les consciences et encourager la réflexion critique ? La laïcité a bon dos quand elle devient un outil pour fermer les yeux.

Des campus sous tension

« Des propos dangereux », rétorque Éric Berton, président d’Aix-Marseille Université. Il n’est pas le seul à voir dans cet appel à la levée de drapeaux palestiniens et libanais une menace pour la cohésion fragile des campus français. Car oui, le spectre d’un conflit israélo-palestinien, aussi lointain soit-il, peut rapidement s’inviter sur nos bancs universitaires et attiser les tensions déjà bien présentes. Dans une société aussi fracturée que la nôtre, ces drapeaux risquent de devenir des symboles de division plutôt que d’unité.

Pour Berton, l’urgence est ailleurs : la jeunesse française est en proie à une crise sociale sans précédent. Face à une précarité grandissante et à une montée de la violence, ajouter des drapeaux sur les campus revient à jeter de l’huile sur le feu. La vraie urgence, selon lui, est de soutenir cette jeunesse, non pas en l’enrôlant dans des luttes politiques, mais en lui offrant les moyens de penser par elle-même. « Mettre plus d’argent pour la jeunesse », dit-il. Ce serait effectivement une solution plus constructive que de la précipiter dans des conflits qui, bien que réels, ne sont pas les siens.

Entre idéal et récupération politique

Mélenchon ne serait pas Mélenchon s’il ne mêlait pas ses idéaux à une stratégie politique bien rodée. Il n’est pas innocent que cet appel intervienne à la veille de l’anniversaire des attaques terroristes du Hamas. Certains y verront une instrumentalisation cynique d’un événement tragique pour rallier à lui une jeunesse en quête de cause. D’autres, au contraire, salueront sa capacité à capter l’air du temps et à incarner une forme de résistance face à un pouvoir jugé autoritaire.

Mais derrière cette théâtralisation, une question demeure : l’université est-elle le bon terrain pour de telles manifestations ? L’appel de Mélenchon peut sembler romantique, une réminiscence des luttes passées, mais dans un contexte déjà électrique, il pourrait bien faire plus de mal que de bien. Car si les drapeaux flottent au vent, ils risquent aussi de semer la discorde. Et le vrai combat ne serait-il pas plutôt celui de l’unité, dans une France déchirée par des fractures sociales bien plus proches et concrètes que celles du Moyen-Orient ?

Au final, il ne s’agit pas simplement de choisir un camp, mais de se poser les bonnes questions : jusqu’où la liberté d’expression doit-elle s’étendre dans les lieux d’apprentissage ? Et à quel moment cette liberté devient-elle un risque pour la cohésion ?

Tom, rédacteur passionné chez ANousParis 🖋️. Je couvre toute l'actu parisienne - culture, événements, et tendances de la Ville Lumière! 🗼