À Paris, la gastronomie a ce talent un peu agaçant pour se raconter comme une religion. Il faut admirer, respecter, réserver trois semaines à l’avance, comprendre les codes, hocher la tête devant une écume de quelque chose et accepter qu’un dîner se transforme parfois en examen oral avec serviette amidonnée. Et puis il y a Taste of Paris, qui prend tout ce petit théâtre gastronomique, le démonte avec le sourire et le remonte en format beaucoup plus séduisant : de grands chefs, des restaurants éphémères, des plats en version dégustation, une ambiance plus vivante que compassée, et le tout sous la verrière du Grand Palais. La 10e édition se tiendra du 21 au 24 mai 2026, au 7 avenue Winston Churchill dans le 8e arrondissement, avec des billets à partir de 23 euros et une entrée gratuite pour les moins de 10 ans. Et franchement, dans une ville qui adore faire de la cuisine un sport de distinction sociale, voir la haute gastronomie redevenir un terrain de curiosité, de circulation et de plaisir immédiat, ça fait plutôt du bien.
Un festival qui arrête de faire croire qu’il faut souffrir pour bien manger
Le génie de Taste of Paris, c’est d’avoir compris une chose très simple : les gens aiment les grands chefs, mais ils aiment encore plus pouvoir les approcher sans vendre un rein ni sacrifier toute leur soirée à un menu fleuve. Le Grand Palais présente l’événement comme quatre jours entièrement dédiés à la food, faits de dégustations, de rencontres et de découvertes, tandis que le site officiel parle d’une expérience pensée comme un véritable restaurant éphémère géant. En clair, on ne vient pas seulement pour manger. On vient aussi pour picorer l’époque, observer où va Paris côté assiette, voir comment les signatures confirmées cohabitent avec les nouveaux visages, et surtout retrouver une cuisine un peu moins figée que dans certains temples du gastro-ego.
C’est précisément pour ça que le sujet colle très bien à A Nous Paris. Ce n’est pas une foire professionnelle sèche, ni un simple agenda pour foodies nerveux. C’est un vrai événement de ville. Un moment où la gastronomie parisienne se compacte dans un même lieu, devient plus lisible, plus testable, presque plus démocratique dans son esprit. Bien sûr, on reste dans une gastronomie à la parisienne, donc personne ne va te servir ça dans une assiette en carton sous néon de supérette. Mais le format dégustation casse quelque chose d’important : le face-à-face un peu intimidant avec la grande table. Ici, on goûte, on compare, on circule, on recommence. Et cette mobilité du plaisir, à Paris, c’est presque révolutionnaire.
Sous la verrière, le grand théâtre du goût retrouve un peu d’air
Il faut aussi reconnaître que le lieu joue énormément. Taste of Paris revient sous la nef du Grand Palais, et cette information n’est pas juste décorative. Dans le Paris de 2026, le Grand Palais redevient progressivement une machine à événementialiser tout ce qu’il touche, du sport aux grandes expositions en passant par les rendez-vous lifestyle. Pour la food, le cadre est presque insolent : une verrière monumentale, un emplacement ultra-central, et cette sensation typiquement parisienne qu’un simple week-end gourmand peut soudain prendre des airs de grand rendez-vous mondain sans devenir invivable. Le festival s’y installe du jeudi 21 mai au dimanche 24 mai, avec un système de sessions qui structure très bien la visite : jeudi soir de 19 h à 23 h 30, puis vendredi, samedi et dimanche en version déjeuner de 11 h 30 à 16 h ou soirée de 19 h à 23 h 30. Dit autrement : on peut venir selon son humeur, son budget, son degré de faim ou son envie très précise de transformer un déjeuner en pèlerinage gourmand.
Et là, soyons honnêtes, Paris adore ce genre de formule. Pas seulement parce qu’elle aime manger. Parce qu’elle aime les formats qui permettent de voir beaucoup en peu de temps, de cocher plusieurs envies dans un même déplacement, et de se raconter ensuite qu’on a “fait” plusieurs tables en une session sans avoir traversé six arrondissements en taxi. C’est très parisien, certes, mais ce n’est pas forcément un défaut. Quand le dispositif est bien pensé, il peut produire quelque chose de plus intelligent qu’un simple marathon de fourchettes : une vraie photographie de la scène culinaire du moment.
Les chefs stars, les nouvelles tables et cette obsession très parisienne du casting
Le Grand Palais annonce déjà plusieurs noms qui donnent le ton de cette édition anniversaire : Stéphanie Le Quellec, Paul Pairet, Thierry Marx, Denny Imbroisi, Mohamed Cheikh et Nina Métayer, avec d’autres chefs encore à venir. Le site officiel insiste sur cette idée d’un rendez-vous où se croisent chefs étoilés, figures installées et jeunes talents audacieux. C’est là que Taste of Paris peut devenir vraiment intéressant, à condition de ne pas seulement jouer au défilé de signatures. Parce qu’en 2026, la grande question n’est plus simplement “qui est connu ?”, mais qui raconte encore quelque chose de la cuisine parisienne actuelle. Et cette cuisine, qu’on le veuille ou non, ne ressemble plus à la vieille caricature nappe blanche + sauce solennelle. Elle est brassée, mobile, métissée, photogénique parfois, mais surtout beaucoup plus diverse dans ses influences et dans ses visages.
Le site officiel résume très bien ce que le public vient chercher : déguster les plats signatures, découvrir de nouvelles adresses et goûter des créations inédites. Les assiettes sont proposées en petit format, ce qui permet de varier les plaisirs sans transformer la visite en opération financière de grande ampleur. Et c’est probablement ça, le plus malin. Dans une ville où tout le monde adore parler de tables “incontournables” mais où peu de gens ont le temps ou le budget pour toutes les essayer, Taste of Paris fonctionne comme une sorte de raccourci gourmand bien conçu. Un speed-dating gastronomique, si l’on veut, mais avec des gens beaucoup plus talentueux que dans la plupart des speed-datings.
Plus qu’un salon, une machine à désirer Paris autrement
L’autre point fort du festival, c’est qu’il ne s’arrête pas aux assiettes. Le Grand Palais parle de démonstrations, workshops et immersion complète dans la gastronomie parisienne. Le site officiel met aussi en avant un marché de producteurs et d’artisans, pensé comme une sélection de saveurs à découvrir sur place ou à emporter. Et Paris je t’aime insiste sur la dimension lifestyle de l’événement, où la gastronomie rencontre aussi la mixologie et l’ambiance festive. Là encore, la formule dit quelque chose de très contemporain : aujourd’hui, un grand événement food ne peut plus se contenter d’aligner des stands. Il doit raconter un mode de vie, une façon de sortir, un désir de ville. Taste of Paris a l’air de l’avoir bien compris.
C’est aussi ce qui le rend particulièrement raccord avec A Nous Paris. Le festival ne parle pas seulement à ceux qui collectionnent les réservations dans les restaurants de chefs. Il parle aussi aux curieux, aux gens qui aiment manger sans forcément s’agenouiller devant le cérémonial gastro, à ceux qui veulent une sortie qui ait du goût au sens propre comme au figuré. On peut y venir pour la cuisine, bien sûr, mais aussi pour le décor, l’énergie, le casting, l’envie d’être au bon endroit au bon moment, là où Paris se met en scène sans complètement se momifier.
Le meilleur de la gastronomie quand elle cesse de se prendre pour une aristocratie
Au fond, Taste of Paris 2026 coche presque toutes les bonnes cases du printemps parisien. C’est central, très lisible, assez chic pour faire événement, assez vivant pour ne pas devenir ennuyeux, et suffisamment souple pour donner envie à un public large de s’y projeter. Dans une ville qui adore parfois compliquer le plaisir simple de bien manger, ce festival rappelle quelque chose d’essentiel : la gastronomie n’a jamais été aussi intéressante que lorsqu’elle se rapproche des gens au lieu de les tenir à distance.
Et c’est sans doute pour ça que le rendez-vous peut vraiment marcher éditorialement sur A Nous Paris. Parce qu’il raconte une actualité parisienne très concrète, très désirable, très partageable aussi : celle d’une capitale qui, pendant quatre jours, rassemble ses grandes tables, ses jeunes chefs, ses producteurs, ses tendances et ses envies sous un seul toit. Une capitale qui, pour une fois, ne te demande pas de choisir entre manger très bien et passer un vrai bon moment. À Paris, c’est presque plus rare qu’un chef détendu.

