par | 4 Fév 2026

Municipales à Paris 2026 : une bataille inédite pour l’Hôtel de Ville, entre fragmentation politique et recomposition des équilibres

À six semaines du premier tour, les élections municipales à Paris s’annoncent plus ouvertes que jamais. Porté par l’union de la gauche, Emmanuel Grégoire arrive en tête des sondages, tandis que Rachida Dati peine à créer une dynamique. La percée de Sarah Knafo et le nouveau mode de scrutin renforcent l’hypothèse d’un second tour inédit et très disputé.
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À six semaines du premier tour des élections municipales à Paris, prévu les 15 et 22 mars 2026, la campagne entre dans une phase décisive. Jamais depuis 2001 la conquête de l’Hôtel de Ville n’avait paru aussi ouverte. Le retrait d’Anne Hidalgo, maire depuis 2014, l’éclatement des blocs politiques traditionnels et l’entrée en vigueur d’un nouveau mode de scrutin redessinent profondément les rapports de force.

Selon un sondage de l’institut Cluster 17 pour Politico, réalisé en ligne du 28 au 31 janvier auprès de 1 104 électeurs parisiens (marge d’erreur comprise entre 1,5 et 2,8 points), cinq candidats disposent désormais d’un niveau d’intentions de vote suffisant pour envisager une qualification au second tour. Un scénario de quinquangulaire, rarissime à Paris, devient crédible.

Emmanuel Grégoire en tête, porté par l’union de la gauche

En tête des intentions de vote au premier tour, Emmanuel Grégoire recueille 33 % des suffrages exprimés. Ancien premier adjoint d’Anne Hidalgo, aujourd’hui député, il est le candidat de l’union de la gauche hors La France insoumise, rassemblant le Parti socialiste, les écologistes et le Parti communiste.

Sa dynamique est renforcée par le ralliement de figures comme David Belliard et Ian Brossat, et par une progression de trois points par rapport à la précédente enquête de novembre. Emmanuel Grégoire fait du logement la priorité de sa campagne, promettant la création de 60 000 logements sociaux et la rénovation de 35 000 autres, tout en défendant l’idée d’un « droit à vivre dans la capitale ».

S’il bénéficie d’un socle électoral solide, il hérite aussi du bilan de la majorité sortante, perçu par certains électeurs comme un atout, par d’autres comme un handicap, notamment sur les questions de propreté, de sécurité ou de circulation.

Rachida Dati distancée, mais toujours en embuscade

Derrière lui, Rachida Dati est créditée de 26 % des intentions de vote. Maire du 7e arrondissement et ministre de la Culture, elle conduit une alliance réunissant Les Républicains, le MoDem et l’UDI. Malgré une forte notoriété nationale et une expérience municipale déjà éprouvée lors de la campagne de 2020, elle ne parvient pas à réduire l’écart avec Emmanuel Grégoire.

Son discours, centré sur la sécurité, la lutte contre les incivilités et la volonté de faire de Paris une « ville pour les familles », se heurte à une concurrence sur sa droite comme sur son centre. Selon les analyses de Cluster 17, une partie de l’électorat conservateur est captée par Sarah Knafo, tandis que les électeurs centristes et libéraux se tournent vers Pierre-Yves Bournazel.

Pierre-Yves Bournazel, troisième homme et candidat pivot

Avec 14 % des intentions de vote, Pierre-Yves Bournazel, élu du 18e arrondissement, s’impose comme le troisième homme de ce scrutin. Soutenu par Renaissance et Horizons, il incarne la candidature de la majorité présidentielle, sur une ligne axée sur les classes moyennes, le logement et les services publics du quotidien.

Il promet notamment la création de 10 000 solutions de garde pour les jeunes enfants, la remise sur le marché de logements vacants et un renforcement significatif de la police municipale. Sa position intermédiaire fait de lui un acteur central de l’entre-deux-tours, susceptible de peser lourdement sur les équilibres finaux.

La percée de Sarah Knafo, facteur de recomposition

La surprise du sondage vient de Sarah Knafo, candidate du parti Reconquête !, qui atteint 10 % des intentions de vote, en progression de quatre points. Pour la première fois, elle franchit le seuil électoral permettant un maintien au second tour.

Selon Jean-Yves Dormagen, président de Cluster 17, Sarah Knafo capte une partie significative des électeurs du Rassemblement national et des Républicains. Son programme repose sur une réduction massive des dépenses de la Ville, la diminution des effectifs municipaux et l’organisation régulière de référendums locaux, notamment sur la circulation automobile.

Sa percée contribue à fragmenter davantage le camp de la droite et renforce l’hypothèse d’un second tour à cinq candidats.

Sophia Chikirou et la stratégie de La France insoumise

À 12 %, Sophia Chikirou, candidate de La France insoumise, se situe également à un niveau compatible avec une qualification. Elle défend un projet de « Paris populaire », axé sur la baisse des loyers, le renforcement du droit de préemption de la Ville, la lutte contre les locations touristiques illégales et la création de centres de santé municipaux.

Sa présence complique l’équation de la gauche, Emmanuel Grégoire ayant fait le choix de se tenir à distance de LFI, tout en sachant que ses électeurs pourraient devenir décisifs au second tour.

Les autres candidats en retrait

En bas du tableau, Thierry Mariani (Rassemblement national) plafonne à 4 %, loin derrière la candidate de Reconquête, tandis que Marielle Saulnier (Lutte ouvrière) ferme la marche avec 1 %. D’autres formations, comme le NPA, sont également présentes mais marginales dans les intentions de vote.

Un nouveau mode de scrutin qui change la donne

Au-delà des candidatures, cette élection est marquée par une réforme majeure du mode de scrutin à Paris, Lyon et Marseille. Désormais, les électeurs parisiens votent directement pour la liste municipale, en plus de leur conseil d’arrondissement, ce qui renforce la personnalisation du scrutin et oblige les candidats à mener campagne à l’échelle de toute la capitale.

Ce changement pourrait accentuer les votes différenciés et les stratégies tactiques, certains électeurs pouvant choisir une couleur politique pour leur arrondissement et une autre pour la mairie centrale.

Une élection ouverte jusqu’au bout

Cinq candidats crédibles, des blocs politiques fragmentés, un mode de scrutin inédit et un électorat volatil : tous les ingrédients sont réunis pour faire des municipales parisiennes de 2026 l’un des scrutins les plus incertains de l’histoire récente de la capitale.

À mesure que le premier tour approche, la question centrale reste entière : qui parviendra à rassembler au-delà de son camp pour s’imposer dans un second tour à haut risque ? Paris, plus que jamais, reste indécise.

Paris n’aime pas l’incertitude. La ville préfère les équil

Tom, rédacteur passionné chez ANousParis 🖋️. Je couvre toute l'actu parisienne - culture, événements, et tendances de la Ville Lumière! 🗼