À chaque élection municipale, Paris devient le laboratoire d’idées spectaculaires. Pour 2026, Pierre-Yves Bournazel, candidat Horizons-Renaissance, frappe fort : céder le Parc des Princes pour financer la gratuité de 80.000 places de parking souterrain. Une proposition audacieuse, politiquement clivante et économiquement incertaine.
Un lien improbable entre football et mobilité
Sur le papier, l’idée intrigue. D’un côté, un stade mythique, propriété de la Ville de Paris, au cœur des tensions entre la municipalité et les dirigeants du Paris Saint-Germain, désireux d’en devenir propriétaires pour l’agrandir et le transformer en pôle commercial. De l’autre, la question brûlante du stationnement dans une capitale où la place de la voiture a été progressivement réduite.
Le candidat centriste propose de racheter 80.000 places de parking souterrain aujourd’hui jugées sous-utilisées, réparties dans plus de 200 parkings. Objectif : les rendre gratuites pour les Parisiens et ceux qui travaillent dans la capitale. À la clé, une promesse de parkings modernisés, sécurisés, propres, avec éclairage renforcé et vidéoprotection.
Le financement ? La vente du Parc des Princes, emprise foncière comprise, pour un montant évalué autour d’un milliard d’euros selon certaines estimations.
Une équation financière fragile
C’est ici que le projet se heurte à la réalité. Si certains spécialistes estiment le stade à plus d’un milliard d’euros, les offres évoquées du côté qatari seraient bien inférieures, autour de 40 à 50 millions d’euros. Un écart abyssal.
Le PSG, qui a déjà investi des dizaines de millions d’euros dans l’enceinte, souhaite en devenir propriétaire pour mener à bien son projet d’extension et de développement commercial. Mais la Ville, jusqu’ici, a toujours refusé de céder ce symbole du patrimoine parisien. Entre valorisation théorique et prix de marché, le fossé interroge la crédibilité du montage financier proposé.
Même en cas d’accord politique, la question centrale demeure : le produit réel de la vente permettrait-il réellement de financer un rachat massif de places privées ? Et à quelles conditions pour les propriétaires actuels ?
Un changement de paradigme sur la voiture
Au-delà du financement, la mesure bouleverserait l’équilibre des politiques de mobilité menées ces dernières années. Le projet inclut la suppression de 70.000 places de stationnement en surface, soit environ un tiers du parc actuel, compensée par la création de 10.000 places de livraison supplémentaires.
Le message est clair : moins de voitures visibles en surface, davantage d’espace rendu aux piétons, aux cyclistes et aux riverains. En théorie, la gratuité du stationnement souterrain favoriserait un report vers des parkings structurés, désengorgerait les rues et améliorerait le cadre de vie.
Mais la gratuité pose question. Inciterait-elle davantage d’automobilistes à venir dans Paris ? Comment réguler l’accès à ces places gratuites ? Quelle priorité entre résidents, actifs, visiteurs ? Et quel coût de fonctionnement annuel pour la collectivité ?
Un symbole contre un autre
En réalité, cette proposition oppose deux visions symboliques de Paris.
D’un côté, le Parc des Princes, temple du football et vitrine internationale, mais aussi élément du patrimoine municipal. De l’autre, la promesse d’une ville plus fluide pour les automobilistes, dans un contexte où beaucoup dénoncent une politique jugée hostile à la voiture.
En proposant d’échanger un actif emblématique contre une transformation du stationnement, Pierre-Yves Bournazel cherche à incarner une alternative : pragmatique, tournée vers l’optimisation des infrastructures existantes, et attentive aux classes moyennes qui utilisent encore leur véhicule pour travailler.
Coup politique ou projet réalisable ?
Reste la question essentielle : s’agit-il d’une mesure structurante ou d’un coup politique marquant le début de campagne ? L’ampleur des montants en jeu, la complexité juridique d’une vente du stade, les écarts d’évaluation et les équilibres budgétaires de la Ville rendent l’opération difficile à imaginer en l’état.
Mais en matière électorale, l’efficacité d’une idée ne se mesure pas uniquement à sa faisabilité immédiate. Elle se juge aussi à sa capacité à imposer un thème dans le débat public. En liant football, patrimoine, mobilité et pouvoir d’achat, le candidat place la discussion sur un terrain populaire et hautement symbolique.
À un an des municipales, une chose est certaine : le match pour l’Hôtel de Ville vient d’entrer dans une nouvelle phase.

