par | 31 Oct 2024

Paris, beauté ternie par ses panneaux : le prix de la « France moche » frappe encore

Bienvenue dans les entrailles de Paris, là où l’on croise tout sauf l’élégance. Non, je ne parle pas des catacombes ou des sous-sols poussiéreux. Je parle de cet enfer visuel bien réel : les panneaux publicitaires. Chaque année, Paysages de France dévoile son très attendu "prix de la France moche", sorte de palmarès pour les lieux les plus disgracieux du pays. Et devinez quoi ? Cette année encore, Paris décroche la palme dans la catégorie "mise en valeur du patrimoine", grâce aux charmants panneaux de la gare Saint-Lazare.
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Saint-Lazare, station de transit ou galerie publicitaire ?

Saint-Lazare. Ce nom évoque autant l’historique que le grand bazar qu’est cette gare, l’une des plus anciennes et des plus fréquentées de la capitale. Mais voilà, au lieu de contempler le patrimoine, les usagers y sont noyés sous une avalanche de publicités colorées et criardes. Imaginez ce corridor interminable, saturé de panneaux pour tout et n’importe quoi, jusqu’à en perdre le sens de l’orientation. Paysages de France s’est moqué de ce dédale où il est « difficile de retrouver son métro » au milieu d’un véritable mur de pub. « Paris, ville lumière » ? Oui, mais de néons et d’affiches, apparemment.

En réalité, Saint-Lazare n’est que la partie visible de l’iceberg publicitaire qui grignote chaque recoin de la capitale et de ses alentours. Le phénomène est devenu si envahissant que même un promeneur distrait ne peut ignorer la laideur qui l’entoure. Saint-Lazare, en revanche, n’est pas seule dans cette dérive visuelle, et l’Île-de-France empoche le triste record de deux « prix de la France moche » sur quatre.

Entre béton et publicité, quand Paris s’efface

Saint-Lazare, Conflans-Sainte-Honorine, Maromme, Le Port à La Réunion… ces noms résonnent dans le palmarès de la laideur comme autant de points noirs sur une carte déjà bien marquée par les panneaux et le béton. Mais Paris, cette « ville musée », est censée en être l’exception. Voilà pourquoi il est encore plus piquant de la voir ainsi éclaboussée dans un classement qui frôle l’humiliation.

Les ruelles pavées, les immeubles haussmanniens, les bistrots de quartier… Ces clichés touristiques existent toujours, bien sûr, mais combien de temps encore avant qu’ils ne soient complètement oblitérés par des panneaux publicitaires géants ou des murs de béton gris ? À force de tout recouvrir, Paris risque de s’effacer sous le poids de cette pollution visuelle omniprésente. La beauté de la capitale est littéralement noyée sous un flot d’affiches, au point que l’on se demande si Paris est encore Paris, ou juste une toile vierge pour publicitaires ambitieux.

Ne pas « s’habituer à la laideur »

Si l’humour noir de cette compétition peut faire sourire, l’initiative de Paysages de France soulève une question essentielle. Car cette association de militants n’a pas pour but de se moquer gratuitement. Leur message, bien plus acide que la simple critique, pourrait se résumer ainsi : il faut refuser de s’habituer à la laideur.

La pollution visuelle est insidieuse. Elle s’infiltre dans le paysage au point qu’on finit par ne plus la voir… jusqu’à ce que la ville devienne méconnaissable. Ces militants cherchent à réveiller ceux qui préfèrent « se voiler la face au nom du progrès ». Vous, moi, tout le monde : combien de fois marchons-nous dans ces tunnels de Saint-Lazare sans même lever les yeux sur ce qui nous entoure ? En épinglant ces horreurs quotidiennes, l’association espère secouer les consciences endormies. Parce qu’en somme, chaque panneau est une minuscule défaite pour l’espace public, une atteinte silencieuse à l’âme même des lieux.

Paris, ouvre les yeux

Ce « prix de la France moche » n’a rien d’anodin. C’est un cri d’alarme, un pied de nez aux politiques d’urbanisme et à ceux qui façonnent notre environnement au gré des profits publicitaires. Paris a le choix : rester cette icône de la beauté française ou devenir une caricature de ville-musée, où tout est à vendre. La bataille contre la laideur n’est pas qu’une affaire de goût ; elle est devenue une question de survie culturelle.

Alors, ouvrez les yeux, et regardez bien votre ville.

Tom, rédacteur passionné chez ANousParis 🖋️. Je couvre toute l'actu parisienne - culture, événements, et tendances de la Ville Lumière! 🗼