Il y a des soirs où un pays ne joue pas seulement une finale : il porte un continent, son image, ses standards, et parfois même sa patience. La CAN 2025 à Rabat devait être la vitrine d’un football africain ambitieux. Elle l’a été — jusqu’à ce que les dernières minutes basculent dans une séquence qui n’a plus grand-chose à voir avec le jeu.
Au cœur de la tempête : un penalty accordé au Maroc, décision immédiatement contestée. Et surtout, la suite : un retrait collectif des joueurs sénégalais vers les vestiaires, interrompant la fin de la rencontre pendant environ un quart d’heure, avant une reprise et une issue sportive connue (victoire du Sénégal 1-0 après prolongation). Mais l’essentiel, ce soir-là, n’a pas seulement tenu au score. Il a tenu à une question simple : qui protège le cadre quand la pression fait vaciller la finale ?
Le Maroc, au centre de tout… et à la hauteur de tout
Organiser une CAN, c’est accepter d’être jugé sur chaque détail : infrastructures, sécurité, circulation, accueil, atmosphère, diffusion, gestion des imprévus. Et il y a un moment où la logistique cesse d’être une simple mécanique : quand le match se grippe, quand l’émotion déborde, quand l’événement menace de se transformer en crise.
À Rabat, le Maroc a tenu. Pas dans l’excès, pas dans la surenchère, pas dans le spectaculaire — mais dans ce qu’on attend d’un hôte solide : continuité, maîtrise, responsabilité. Même sous tension, même dans l’incompréhension d’une décision contestée par l’adversaire, le Maroc est resté dans le match, dans l’organisation, dans la stabilité.
Cette posture a une valeur : elle protège la compétition, elle évite l’escalade et elle préserve ce que l’on oublie souvent de nommer — l’autorité du jeu.
Le vrai sujet : la contestation comme rupture
On peut discuter un penalty. On peut contester, argumenter, protester dans les formes prévues. Le football a même besoin de débats, parfois vifs, pour rester vivant. Mais quitter la pelouse, interrompre collectivement une finale, c’est changer de registre. Ce n’est plus une contestation : c’est une rupture.
Or, une rupture en finale n’est jamais neutre :
- elle casse le rythme,
- elle altère la dynamique mentale,
- elle installe un précédent,
- et elle met la compétition sous tension, au-delà du terrain.
Si, demain, ce modèle devient “acceptable”, alors chaque décision litigieuse pourra devenir un point de bascule. Les arbitres seront davantage sous pression, les staffs tenteront d’“influer” autrement, et les matchs risqueront de se jouer à coups d’interruptions. C’est exactement ce que les instances disciplinaires sont censées empêcher.
La CAF est attendue pour fixer une ligne
La CAF a confirmé que son organe compétent — la Commission de discipline — examinera le dossier. La FIFA, de son côté, a publiquement condamné ce type de comportement et appelé à des mesures. Ce double signal dit une chose : le problème est institutionnel, pas émotionnel.
Dans ce genre d’affaires, l’amende n’est qu’un symbole. Le cœur du sujet, ce sont les sanctions sportives ciblées, individuelles, éventuellement étendues, qui rappellent un principe simple : on ne suspend pas une finale parce qu’on n’accepte pas une décision.
Ce n’est pas “être contre” une équipe. C’est être pour le football : pour l’équité, pour la crédibilité, pour l’avenir.
Le Maroc “méritait la coupe” ? Disons-le autrement : le Maroc méritait une finale à la hauteur de son tournoi
Le titre se gagne sur le terrain, et c’est un fait. Mais une finale, ce n’est pas seulement un résultat : c’est un récit, une mémoire, un héritage. Sur ce plan, le Maroc peut nourrir un regret profond : après avoir offert une CAN réussie et élevée, la dernière image a été parasitée par une séquence qui n’aurait jamais dû s’inviter dans un tel match.
Et c’est là que l’on comprend l’injustice morale ressentie côté marocain : un pays organise, élève les standards, accueille l’Afrique, expose sa réputation… et la soirée la plus regardée finit suspendue, brouillée, abîmée. Le Maroc ne demandait pas des privilèges. Il demandait, comme tout hôte, que l’événement reste dans ses règles.
La grandeur, parfois, c’est rester dans le cadre
Le fair-play n’est pas une décoration de fin de match. C’est une discipline intérieure : celle qui empêche l’émotion de devenir une méthode. Dans cette finale, le Maroc a envoyé un message sans discours : tenir, rester dans le jeu, éviter l’escalade, préserver l’événement.
C’est une posture qui compte. Parce qu’elle ressemble à ce que le football africain veut devenir : un football de haut niveau, respecté, où les finales ne se jouent pas sur des ruptures mais sur du jeu.
Rabat a montré le chemin
La CAN 2025 aura confirmé la place du Maroc : non seulement comme terre de football, mais comme acteur structurant, capable d’accueillir, d’élever et de protéger une compétition continentale dans ses moments les plus délicats.
Reste maintenant à la CAF de faire ce que l’hôte a déjà fait sur le terrain de l’institutionnel : tenir une ligne, rappeler une limite, et envoyer un signal clair. Parce que l’Afrique mérite des finales intenses. Mais elle mérite surtout des finales qui restent du football.

