À mesure que la Coupe d’Afrique des nations 2025 avance, un constat s’impose : le tournoi ne se résume pas à une addition de talents ou de réputations. Il agit comme un révélateur. Révélateur de projets aboutis, de cycles arrivés à maturité, mais aussi de sélections encore en recherche d’un équilibre durable entre ambition, jeu et constance.
Dans ce paysage contrasté, la CAN disputée au Maroc offre un cadre particulièrement lisible. Pas seulement parce que le pays accueille la compétition, mais parce qu’il semble en phase avec ce que le football africain exige désormais : continuité, lisibilité et maîtrise du contexte.
Le Maroc, un football qui ne force plus son destin
Ce qui frappe chez l’équipe marocaine depuis le début du tournoi, ce n’est pas l’exubérance, mais la maîtrise. Le jeu est rarement désordonné, les temps faibles sont assumés, les temps forts exploités avec pragmatisme. Cette approche, presque clinique par moments, tranche avec une certaine tradition africaine fondée sur l’urgence et l’exploit permanent.
Le Maroc donne l’impression de savoir exactement ce qu’il est : une équipe structurée, disciplinée, capable d’imposer son rythme sans chercher à impressionner. À domicile, cette clarté est renforcée par un environnement stable — stades, organisation, public — qui laisse toute la place au football. Rien n’y semble parasiter le jeu.
L’Algérie, entre héritage et transition
Le parcours algérien, lui, soulève davantage de questions que de certitudes. Et ces questions ne sont pas nouvelles. Elles ne portent ni sur le talent individuel, ni sur l’histoire récente, mais sur la capacité à installer une identité collective durable. Par séquences, l’Algérie rappelle ce qu’elle sait faire. Mais trop souvent, le jeu manque de continuité, de liant, de précision dans les moments où le tempo devrait être maîtrisé.
Ce n’est pas un effondrement, encore moins un renoncement. C’est plutôt le signe d’une sélection située entre deux cycles, cherchant à concilier un héritage encore présent et une évolution nécessaire vers un football plus structuré, plus patient, plus lisible. Dans une CAN qui récompense la rigueur et la gestion du détail, cette hésitation se paie.
Sénégal, Nigeria, Côte d’Ivoire : des forces, mais des équations différentes
Le Sénégal confirme, lui, sa solidité. Physique, organisé, expérimenté, il reste un candidat crédible, même si son jeu repose davantage sur l’impact que sur le contrôle. Le Nigeria, fidèle à sa tradition, avance avec une efficacité parfois brutale, capable de faire basculer un match sur une accélération ou une erreur adverse.
La Côte d’Ivoire, tenante du titre, rappelle à quel point la CAN est impitoyable : le statut ne protège de rien, et chaque édition remet les compteurs à zéro. Dans ce tournoi, l’élan compte autant que le pedigree.
Une CAN qui devient une vitrine de maturité
Ce qui ressort de cette édition, ce n’est pas uniquement la quête du trophée, mais une forme de maturité footballistique. Des équipes comme le Maroc ou le Sénégal montrent que bien plus que des talents éphémères, ce sont la stratégie, la cohésion et l’intelligence collective qui font la différence. D’autres, malgré des individualités reconnues, peinent à s’imposer dans un cadre tactique solide.
Au final, la CAN 2025 confirme ce que beaucoup pressentaient avant son coup d’envoi : dans le football africain d’aujourd’hui, la constance l’emporte souvent sur l’éclat, et la préparation sur l’inspiration seule. Et dans ce rapport de forces, le Maroc, pays hôte, apparaît comme l’un des étalons les plus fiables, les mieux préparés et les plus cohérents dans sa réflexion de jeu et sa lecture des enjeux — une leçon que certaines sélections, malgré leur histoire, semblent encore en peine d’assimiler pleinement.

